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Dossier Élections – Morena poursuit sa conquête du pouvoir au Mexique !

Le parti du président élu en juillet dernier, Andrés Manuel Lopez Obrador, a pris le pouvoir dans deux Etats fédérés supplémentaires, à la suite d’élections partielles célébrées ce dimanche 2 juin. La grande gagnante de ce scrutin, cependant, reste sans nulle doute l’abstention.

Les partis qui ont gouverné le Mexique au vingtième et au début du vingt-et-unième siècle continuent à s’effacer du paysage politique mexicain. Le Parti action nationale (PAN) des ex-présidents Vicente Fox (2000-2006) et Felipe Calderón Hinojosa (2006-2012) ne gouvernera plus que dans neuf Etats, contre onze avant ce dimanche 2 juin 2019. Les postes de gouverneurs de Puebla et de Basse-Californie, deux états peuplés qui pèsent dans l’économie du pays, sont passés aux mains du Mouvement de régénération nationale (Morena) du président Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO).

Les élections partielles célébrées dans six Etats sur trente-deux ce dimanche confirment une tendance à l’affaissement de la diversité du paysage politique mexicain au profit de ce mouvement-parti classé à gauche selon les standards politiques du pays. Ce scrutin fait suite à la victoire écrasante d’AMLO et de Morena aux élections législatives, locales et présidentielles du 1er juillet dernier.

Une participation électorale faible mais pacifique

Morena, depuis sa création en 2006, prône le renforcement des programmes sociaux, l’investissement public productif dans l’économie ainsi que la persécution radicale de la corruption. Son essor rapide et massif s’est produit dans le contexte d’une détérioration spectaculaire de la crédibilité de la classe politique mexicaine.

Par conséquent, le principal enseignement du scrutin du 2 juin 2019 est sans doute le fait que ce désenchantement vis-à-vis du système politique n’a pas pas pris fin avec l’arrivée triomphale d’AMLO au pouvoir, avec plus de 53 % du total de voix exprimées au scrutin présidentiel de juillet dernier. Bien que les élections locales fassent traditionnellement l’objet d’une abstention plus forte que les élections fédérales, le fait que plus de 65 % des personnes inscrites sur les listes électorales ne soient pas allées voter est un mauvais signal pour l’ensemble des formations politiques du pays.

La compétition la plus serrée a visé les voix exprimées aux élections municipales et aux législatives locales, là où les possibilités de manipulation et d’intimidation des partis disposant d’un ancrage territorial historique sont beaucoup plus fortes. Le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), par exemple, a gagné quatre mairies de l’État de Puebla, sur les cinq qui étaient en jeu dans la compétition électorale.

C’est aussi dans l’un de ces quelques territoires conquis par le PRI que l’incident le plus grave de cette journée électorale a été rapporté : les meurtres de deux policiers et la disparition consécutive de quatre urnes électorales dans le municipe d’Ahuazotepec, au nord-ouest de cet Etat. A l’échelle nationale, l’ensemble des observateurs estiment cependant que les campagnes et la journée électorale ont été remarquablement pacifiques, dans un pays où les élections locales sont connues pour avoir été sanglantes pendant la décénie écoulée.

Consolidation du PAN dans ses autres places fortes

Le PAN, quant à lui, est parvenu à se défendre aux élections municipales et législatives qui se sont déroulées dans les Etats déjà tenus par des gouverneurs panistes : Aguascalientes, Durango et Tamaulipas. Sa victoire a été particulièrement écrasante aux élections législatives du Tamaulipas – une entité particulièrement violente et dangereuse pour l’exercice de la politique, du journalisme et du militantisme – avec le maintien ou l’acquisition de 21 sièges de députés sur 22 soumis au vote.

Malgré cette avancée conséquente de Morena, qui a arraché au PAN deux de ses bastions historiques, le triomphalisme n’est donc pas de mise pour le mouvement-parti qui a promis un renouvellement, une “quatrième transformation”* de la vie politique mexicaine. Les représentations politique du pays restent plurielles, avec 25 Etats sur 32 toujours aux mains de l’opposition du PRI (12 Etats), du PAN (9 Etats), du PRD (1 Etat), des Verts (1 Etat) et du Mouvement citoyen (1 Etat).

Le mouvement-parti créé par AMLO en 2006, cependant, dispose un fort pouvoir local de nuisance, avec une majorité dans 21 congrès locaux de députés acquise au cours des deux derniers scrutins.

Cet avantage sur l’opposition au sein du pouvoir législatif local est crucial pour mener à bien les réformes constitutionnelles nécessaires à la mise en œuvre de certaines politiques d’AMLO. C’est notamment grâce à cet appui législatif local que le gouvernement a pu faire approuver, en moins de six mois, la plupart des dispositions visant à rendre opérationnel un nouveau corps militaro-policier appelé Garde nationale, appelé à prendre la tête de lutte contre la violence et la criminalité dans le pays.

Vote-sanction à l’attention d’AMLO ?

Le secrétaire général du Parti action national, Marko Cortés, a exprimé une grande satisfaction vis-à-vis des tendances d’évolution de la répartition du vote entre Morena et l’opposition, dont il considère qu’elles ont évolué au détriment de Morena et ses alliés depuis la compétition électorale de l’année dernière.

Selon lui, le fait que, par exemple, la proportion de voix favorables à Morena dans l’État de Puebla soit passée de 56 % à 44 % entre les scrutins de 2018 et 2019 témoigne du fait que “Morena a commencé à baisser, tandis que le PAN a recommencé à croître”. Le leader d’opposition considère que Morena serait resté derrière son candidat à Puebla, Enrique Cárdenas, si son rival ne s’était pas allié localement avec deux autres partis : le Parti du Travail (PT) et le Parti vert écologiste du Mexique (PVEM).

L’insistance de l’opposant de droite sur la faiblesse supposée de la victoire de Miguel Barbosa à Puebla – qui a tout de même obtenu un avantage de neuf points de pourcentage sur le candidat du PAN – s’inscrit dans le contexte récent de la mort dans un accident d’hélicoptère suspect de la gouverneure paniste qui avait été élue à ce poste en juillet dernier, Martha Erika Alonso. C’est pour cette raison que le poste de gouverneur de cet Etat a été soumis à nouveau au suffrage de la population.

M. Cortés déduit de ses calculs que “l’électorat mexicain a commencé à sanctionner le bilan de politique économique de Lopez Obrador”, tandis que les estimations de croissance économique du pays pour l’année 2019 n’ont cessé de baisser au cours des six derniers mois. Il semble aujourd’hui fortement improbable que la croissance économique nationale atteigne le niveau de 2 % du PIB qu’elle avait obtenu l’année dernière, en 2018.

Le verdict de M. Cortés fait écho à une baisse d’AMLO de dix points de pourcentage dans les sondages relevée en mai dernier par le cabinet de consulting De las Heras Demotecnia. Les analyses publiées dans les médias locaux expliquent cette baisse par le ralentissement économique, l’augmentation des indicateurs de violence criminelle, ainsi qu’une série de coupes budgétaires mal vécues par les usagers des services publics de santé et d’éducation. Le gouvernement fédéral qui plus est, a récemment fait face à un premier scandale de corruption lié aux affaires pharmaceutiques de son préfet dans l’État de Jalisco, Carlos Lomelí.

AMLO, néanmoins, reste l’un des présidents les plus populaires de l’histoire du pays, avec un taux d’approbation toujours supérieur à 70 %. Les affirmations relatives à un éventuel “premier désaveu” du président progressiste lors des élections partielles du 2 juin dernier restent difficiles à vérifier au vu, justement, du taux de participation électorale particulièrement bas observé dans les six états concernés.

La rédaction – Clément Detry – (www.laprensafrancesa.com.mx)

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