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Dossier – Le gouvernement mexicain face au “risque Pemex” ! (ou pourquoi le ministre des finances a démissionné ? )

Le 9 juillet 2019, de toute évidence, a été la journée la plus douloureuse jusqu’à présent, pour le gouvernement AMLO entré en fonctions en décembre dernier.

Selon plusieurs analystes, M. Urzua a anticipé – et a souhaité retirer son nom – de l’impasse qui est sur le point de s’imposer au gouvernement en matière de politique économique : la recherche d’une croissance à base de pétrole, alors que la dette de l’entreprise publique Pemex est en train de devenir invendable sur les marchés financiers.

A 11h15 ce mardi, le ministre mexicain de l’Economie et des Finances, Carlos Urzua, démissionnait par le biais d’un tweet qui a pris de court tout le pays. Le service de presse du ministère n’était même au courant, si l’on en croit les commentaires de l’éditorialiste David Ponce sur le plateau de Milenio. Tout a tremblé ce jour-là au Mexique : le peso, la bourse, le panorama politique. Moins d’une heure après, le remplacement de M. Urzua était déjà acté, et la décision annoncée sur Twitter également, à la suite d’une réaction éclair du président Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO).

Le nouveau ministre mexicain de l’Economie et des Finances, Arturo Herrera, a pris un air très grave lors de sa première apparition aux côtés du président Lopez Obrador. Et pour cause : sa marge d’action est très faible, au vu de la conjoncture économique actuelle. Et surtout si le gouvernement maintient le cap vers une croissance économique “ pétrolière ”, un modèle devenu budgétairement insoutenable.

La croissance pétrolière : vieux rêve d’une autre génération

AMLO, à la différence de l’ex-président Felipe Calderón, n’a pas entamé son mandat en déclarant la guerre au trafic de drogue. Il l’a fait en déclarant la guerre au trafic d’essence, autrement plus préoccupant, selon lui, pour l’avenir économique du pays. Et s’il est vrai que son plan de lutte contre le trafic d’essence a marché, comme en témoigne la diminution de 80 à 90 % du délit de vol de carburant à l’échelle nationale, cette première réussite du gouvernement pourrait finir par devenir le reflet de son plus grand échec.

Car, n’en déplaise à AMLO, la croissance économique mexicaine repose aujourd’hui sur une configuration beaucoup plus complexe qu’à l’époque du fameux “miracle économique mexicain” (1952-1970). La croissance économique pendant cette période s’est effectivement appuyée en grande partie sur un essor impressionnant de la production pétrolière.

Mais l’inverse n’en est pas moins faux : le ralentissement économique de ces dernières années, au Mexique, n’est pas lié directement à la chute, observée de manière conséquente depuis 2012, de la production pétrolière. De fait, la croissance économique du pays peine à franchir la barre des 2 % depuis que l’avenir du libre-échange entre les deux pays est devenu incertain, c’est-à-dire depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche, en janvier 2016.

D’autres paramètres se sont agrégés pour plonger le pays dans une véritable perspective de récession, admise récemment par la banque centrale du pays et prévue par de nombreux analystes depuis le début de l’année : la faiblesse de la consommation, la faiblesse des investissements et surtout la dégradation de la perspective de notation de la dette souveraine du pays….

Le “risque Pemex” : un danger réel pour les finances publiques

Cette dernière promet d’entraîner une détérioration rapide des finances publiques mexicaines, car celles-ci ne peuvent plus supporter, du point de vue des agences de notation, le fardeau d’une entreprise publique surendettée que le gouvernement s’obstine à porter à bout de bras : c’est ce que les médias appellent aujourd’hui le “risque Pemex”.

Ce sauvetage de Pemex, que le gouvernement mexicain souhaite mener à tout prix, a déjà coûté 5,5 milliards de dollars aux finances publiques, dans le cadre d’un plan de renflouement adopté en mai dernier. A cela s’ajoutent les 8 milliards de dollars qu’au cours des trois prochaines années, devrait coûter la construction de la nouvelle raffinerie de Dos Bocas, selon les prévisions budgétaires les plus optimistes. 

Plus encore, d’autres milliards injectés dans la rénovation des raffineries existantes. Plus encore, par-dessus le marché, quarante-deux milliards de dollars que Pemex et le ministère de l’Energie prévoient d’octroyer pour l’exploration et le développement – principalement par le secteur privé – d’au moins 140 nouveaux champs pétroliers entre 2020 et 2024.

Un modèle économique financièrement insoutenable

Carlos Urzua, en tant que ministre de l’Economie et des Finances, était bien placé pour savoir que les agences de notation considèrent ce modèle de croissance économique comme financièrement insoutenable.

Nul besoin d’avoir été ministre de l’Economie et des Finances, par ailleurs, pour remarquer le traitement infligé au Mexique par ces agences au cours des derniers mois : dès janvier dernier, la note des bons d’investissement de la dette de Pemex a baissé de deux points chez Fitch ratings, puis a encore baissé en juin.

Ces bons ne sont même plus spéculatifs : ils constituent, d’après cette institution financière, des titres “poubelle” pour l’investissement. La note de la dette souveraine du Mexique en a pâti immédiatement, à nouveau du point de vue de Fitch, passant de BBB+ à BBB quelques jours plus tard.

Malgré le fait que d’autres agences telles que Moody’s ou Standard & Poor’s maintiennent pour l’instant une attitude plus modérée, le risque budgétaire et par conséquent économique est réel pour le Mexique.

Les grands fonds d’investissement internationaux en ligne de mire

C’est également ce qu’explique au quotidien El Economista Andrés Abadía, en tant qu’économiste senior spécialiste de l’Amérique latine chez Pantheon Macroeconomics : selon lui, les grands fonds d’investissement internationaux “ doivent opérer conformément à des restrictions réglementaires quant à la gestion de leur porte-feuilles d’actifs ”.

Ces derniers “ ne peuvent pas, pour des raisons juridiques, détenir des titres considérés comme spéculatifs dans leur porte-feuille ”. C’est pourquoi, d’après M. Abadía, ceux-ci devront “ se débarrasser massivement de leurs titres de dette de Pemex une fois confirmée la baisse de notation de la part d’une autre agence ”.

José Angel Gurria, en tant que secrétaire général de l’Organisation de coopération et développement économique (OCDE), n’y allait pas non plus par quatre chemins au cours d’une conférence de presse tenue en mai dernier. Pemex représenterait, du fait de sa situation financière, une “ menace pour la stabilité ” d’une économie nationale déjà peu florissante.

Lors de cette annonce faite il y a deux mois depuis le siège de l’organisation à Paris , se trouvait aux côtés du fonctionnaire international M. Carlos Urzua, ex-ministre de l’Economie et des Finances du Mexique.

La dette de Pemex á l’origine des différends au sein du gouvernement 

Luis Fernando de la Calle, économiste et ex sous-secrétaire aux négociations commerciales, dresse d’ailleurs un constat sans appel sur le plateau de Foro TV : la situation des bons d’investissement dans la dette de Pemex, selon l’analyste, sont “ la cause véritable ” de la démission de M. Urzua.

L’ex-ministre, d’après M. De la Calle, aurait essayé d’influer en faveur d’un modèle de croissance moins pétrolier dans le cadre de la rédaction d’une annexe au Plan national de développement économique du gouvernement, laquelle a finalement été publiée le 30 avril dernier par la chambre des députés.

“ Les dissensions entre Urzua et les tenants de la ligne pétrolière du gouvernement ont commencé à se faire sentir depuis la publication de ce document, dans lequel le projet de Dos Bocas occupe une place centrale ”, explique l’économiste. 

Un risque domino est donc possible…

« Il suffirait donc qu’une “ quelconque agence de notation baisse ne serait-ce qu’un cran la dette de Pemex pour que les bons de cette dernière perdent très prochainement au moins quinze milliards de dollars d’investissements ” annonce l’ex sous-secrétaire aux négociations commerciales, Luis Fernando de la Calle…!

Une situation qui aurait de graves conséquences sur le côut de la dette, les finances publiques, la monnaie dans un contexte de faiblesse économique, d’incertitudes commerciales et politiques avec le grand voisin du nord qui ne cesse de brandir la menace de taxes douanières pour imposer ses vues notamment sur le thème de l’immigration clandestine.

Clément Detry – Alain Figadère – (www.legrandjournal.com.mx)

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