Interview – L’évêque de Cuernavaca se rends à Notre-Dame de Paris, il témoigne sur la violence au Mexique !

Dans une société ultraviolente, l’évêque de Cuernavaca révèle, au péril de sa vie, l’impunité des narcotrafiquants et organise des marches pour la paix. Il témoignera le 16 mars à Notre-Dame de Paris lors de la Nuit des témoins, organisée par l’Aide à l’Église en détresse (AED).

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-LAURE FILHOL 

Depuis 2013, Ramón Castro Castro a la charge du diocèse de Cuernavaca, au centre du Mexique. Dans cette circonscription ecclésiastique qui compte 113 paroisses pour environ 1,4 million de catholiques (sur près de 2 millions d’habitants), la violence liée aux cartels de la drogue et aux bandes criminelles sévit chaque année davantage. Délaissé par le gouvernement, pieds et poings liés face aux narcotrafiquants, Ramón Castro Castro a fait le choix de dénoncer ce qui reste trop souvent impuni, devenant ainsi la cible des politiques.


De 1990 à 2017, 47 prêtres, un diacre, 4 religieux, 9 laïcs et une journaliste catholique ont été assassinés au Mexique. Comment expliquez-vous cette violence à l’égard de l’Église ?

Précisons que, ces six dernières années, ce sont 21 prêtres qui ont été tués et 2 qui ont disparu. Cette violence est inhérente à la profonde et actuelle décomposition sociale de notre pays. Le Mexique a récemment été considéré comme l’un des pays les plus violents au monde. Les prêtres qui font partie de cette réalité sociale ne sont pas en dehors de ce contexte historique. En outre, une partie d’entre eux ont eu la volonté et le courage de défendre la justice et de dénoncer la corruption. Par ce qu’ils endurent, ils illustrent bien cette situation : « Là où il y a peu de justice, il est dangereux d’avoir raison. »

La situation empire-t-elle ?

La tendance montre que la situation se détériore, avec une augmentation du nombre de meurtres. Dans le cas spécifique de mon diocèse, il n’y a – Dieu merci – pas encore eu de cas de meurtre, mais uniquement des attaques et des menaces.

Pourtant, à peine nommé évêque de Cuernavaca, en mai 2013, vous avez été confronté à une tentative d’assassinat sur l’un de vos prêtres. Comment vivez-vous cette violence au quotidien ?

Les deux diocèses dont j’avais précédemment la charge, comme évêque auxiliaire du Yucatán puis comme évêque de Campeche, sont les plus ­pacifiques du pays. Le contraste à Cuernavaca fut donc saisissant. Dès mon arrivée, je me suis rendu compte que je faisais face à un diocèse blessé par la violence et l’insécurité, en particulier dans le sud et l’est de ce territoire. Des frères et sœurs sont assassinés sans que leur mort soit reconnue. Nos funérailles sont plus nombreuses que ce qu’indiquent les statistiques officielles.

Nous avons également fait la macabre découverte de deux fosses clandestines appartenant au gouvernement. On y a trouvé des corps attachés et torturés. Puisque les personnes craignent de dénoncer, 80% des crimes sont passés sous silence. Elles ont peur de parler parce que les mêmes autorités sont en collusion avec le crime organisé. Récemment, l’armée a capturé l’un des principaux dirigeants du crime organisé et, deux heures après, elle l’a laissé libre, se moquant du général qui l’avait arrêté. Ceux qui ont le courage de dire la vérité sont harcelés par les mêmes autorités ou par des bandes criminelles. Dénoncer est donc un vrai chemin de croix menant à une absence de justice : sur les 20% des crimes qui sont révélés au grand jour, seuls 4% des meurtriers écopent d’une peine.

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