Que fête-t-on au Mexique lors du “Jour de la Race”?

Le 12 octobre au Mexique (et dans  de nombreux autres pays d’Amérique Latine) on célèbre la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 et l’avènement douloureux d’une nouvelle “race” ibéro-américaine qui s’en est suivi… Explications.

L’article est disponible en espagnol plus bas dans le texte !

« Terre ! Terre ! »

Le 12 octobre 1492 à deux heures du matin, Rodrigo de Triana, un marin de Colomb,  aperçoit la côte d’une île des Bahamas du haut du mât de la caravelle la Pinta. Comme  convenu avec le chef de l’expédition il pousse le fameux cri “Terre! Terre!” qui aurait dû le rendre riche, Colomb ayant promis fortune à celui qui verrait le premier la côte.

Mais le marin génois s’appropriera sans vergogne ce premier coup d’œil sur le Nouveau Monde -qu’il pensait d’ailleurs être un archipel nippon.

Le 12 octobre 1492 marque donc le début des “Temps modernes”, mais aussi de la colonisation et de l’esclavage massif qui conduira à l’extinction quasi-totale de la civilisation méso-américaine. Colomb ne mettra jamais les pieds au Mexique, mais à partir de 1519 Cortés se chargera de détruire en quelques années l’empire aztèque.

Mais pourquoi alors la date du début de ce saccage est-elle célébrée ? Et surtout pourquoi la “race” – concept fortement tabou en Europe et rejeté par la plupart des scientifiques et intellectuels – fait-elle l’objet d’une fête au Mexique ?

On pourra trouver un début d’explication dans la plaque commémorative de la place des Trois Cultures à Mexico (Tlatelolco), là où la dernière poche de résistance Aztèque fut encerclée par les hommes de Cortés et où, le 13 août 1521, les combattants et leurs familles (quarante mille, estime-t-on !) livrèrent leur dernière bataille et furent consciencieusement massacrés par les Espagnols…

Tlatelolco“Le 13 août 1521, héroïquement défendu par Cuauhtémoc,
le Tlatelolco est tombé entre les mains d’Hernán Cortés.
Ce ne fut ni un triomphe ni une défaite,
mais la douloureuse naissance du peuple métisse
qui constitue le Mexique d’aujourd’hui.”
 
Car en effet, au cours des siècles qui suivirent les évènements traumatiques de la Conquista -et malgré une forte hiérarchisation de la société-  le mélange du sang européen avec celui de  population native, ainsi que le syncrétisme religieux né de l’intégration de symboles pré-hispaniques dans la pratique du catholicisme, alla bon train en Nouvelle-Espagne.
 

Une récupération dans le discours officiel

Cependant, même après l’Indépendance et la Révolution,  on aurait tort de croire que la relation entre les différents peuples qui composent le Mexique est totalement apaisée. En dépit d’un discours officiel plutôt ouvert et tolérant (à la différence d’autres pays d’Amérique Latine), une certaine défiance contre les “Indios” (terme péjoratif désignant les indigènes, ou Indiens) reste ancrée dans les mentalités mexicaines.

C’est sans doute avec l’objectif de diminuer ces tensions et de donner une identité plus forte à la population mexicaine que l’avocat, politique et philosophe mexicain José Vasconcelos Calderón, essaye, à partir des années 1920, d’imposer son idée de la “race mexicaine”. En 1925 il écrit dans son essai “La Raza Cósmica” (“La Race Cosmique”) :

“Des peuples hispano-américains surgira une race véritablement universelle faite du génie et du sang de tous.” Il appelle alors de ses vœux à un métissage total,“étant donné que les différentes races du monde tendent à se mélanger de plus en plus, jusqu’à former un nouveau genre humain, composé de la sélection de chacun des peuples existants”.

Recteur de l’Université Nationale, il imposera le slogan de l’école (encore présent sur le blason de l’institution): “Por mi Raza Hablará el Espíritu” (“L’esprit parlera par ma race”)et sous son impulsion le 12 octobre deviendra fête nationale en 1929. Lors des cérémonies organisées sur le Paseo de la Reforma à Mexico, on assistera pour la première fois à une revendication officielle à la fois de l’héritage espagnol et de la racine indigène.

Les revendications indigènes continuent

Mais les grands oubliés de ce discours officiel plein de bonnes intentions restent encore et toujours les populations indigènes,  maintenues  en marge de la société dans un état de pauvreté souvent préoccupant. Au début des années 1990, alors que l’on fêtait les 500 ans de la découverte de l’Amérique, une initiative pan-américaine de “Jour de la Résistance Indigène” voit le jour dans divers pays afin de prendre le contre-pied des célébrations du 12 octobre et dénoncer le “nettoyage ethnique” réalisé selon les organisations indigènes  durant la colonisation.

En 1994, l’insurrection zapatiste se chargera de rappeler au Mexique le poids de siècles de marginalisation que portent les  peuples du Chiapas.

Une récupération également dans le parler populaire !

Le terme de “race”, banni du vocabulaire en France, a trouvé pleinement sa place dans l’argot mexicain. Par l’utilisation de “mi Raza” (“ma race”) le mexicain ne se réfère absolument pas à une quelconque couleur de peau ou origine éthique mais plutôt à son peuple, les gens de sa région et même dans une acceptation plus large à son groupe d’amis.

Le concept de “race” au Mexique est donc à prendre dans le sens d’une identité métissée et ouverte sur l’autre qui -malgré la forte charge symbolique qu’on lui attribue en Europe- se trouve  à des lieues des chimères nazis et autres délires zemmouriens

Nicolas Quirion – (www.legrandjournal.com.mx)

Photos:

1: Arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde,  Wikimédia Commons, Library of Congress
2: Plaque commémorative de la Place des Trois Cultures à Mexico, Nicolas Quirion
3: Couverture de “La Raza Cósmica”
4: Monumento a la Raza, Wikimedia Commons
 

Cómo sucedió en México

Decíamos que hacia 1915, como en otros países latinoamericanos, empezó a celebrarse el Día de la Raza. Los círculos intelectuales próximos a Carranza establecieron la práctica, con este motivo, de organizar veladas artístico-culturales. Buscando su legitimidad, el gobierno constitucionalista tejió alianzas con los países hermanos y en uno de los festejos, en presencia de diversas delegaciones y autoridades, sustituyó los nombres antiguos de un sector de calles del centro de la ciudad de México, al norte del zócalo, por el de las repúblicas latinoamericanas.

La fiesta fue ganando relieve; presidida por el rector de la Universidad, el presidente de la República, los gobernadores de los estados y otras autoridades e invitados distinguidos, se solemnizaba con brillantes piezas de oratoria, eventos musicales y desfiles cívicos, a los que se fueron añadiendo las competencias deportivas, las serenatas en los zócalos y las alamedas. Estas actividades tenían su réplica en diferentes estados de la República, así como en las naciones hispanoamericanas.

Son años en los que los estudiantes universitarios emergen como una fuerza importante que se politiza frente a los acontecimientos nacionales e internacionales, que rechaza los imperialismos y los caudillismos regionales por igual. Próximos a Vasconcelos, participan de su hispanoamericanismo y de su vehemencia contra las tiranías del momento, de las que dan cuenta precisamente en la celebración del Día de la Raza de 1920. (9) Y si Vasconcelos fomenta la unión de los jóvenes estudiantes latinoamericanos, apoyando la realización del primer congreso internacional de estudiantes (1921), él mismo realiza un largo viaje por BrasilUruguay, Argentina y Chile (1922). Con esta visión, consolida dos de sus lemas –”Por la raza al servicio de la humanidad”, “Por mi raza hablará el espíritu”– y escribe La raza cósmica (1925), convencido de que en la América hispana “de los pueblos hispanoamericanos surgirá una raza verdaderamente universal hecha con el genio y con la sangre de todos”. (10) Esta nueva raza será el mejor fruto del mestizaje total, “puesto que las distintas razas del mundo tienden a mezclarse cada vez más, hasta formar un nuevo tipo humano, compuesto con la selección de cada uno de los pueblos existentes”. (11)

Para Vasconcelos, así como para otros pensadores latinoamericanos, el Día de la Raza habrá de ser, por lo tanto, la gran fiesta de nuestros pueblos, más allá de las fronteras de las pequeñas fiestas locales.

Pero, paralelamente al discurso vasconcelista, elaborado desde el espacio urbano, sobre el hispanoamericanismo que teñía a la región y la apuesta por integrarse en una raza universal, cósmica, en México subsistía otro discurso que apostaba a la integración de las razas indias del continente, a su homogeneización operada también por el mestizaje, que constituiría al mexicano propiamente dicho. Esto, anticipado por Justo Sierra, (12) era otra de las vertientes del quid de la identidad nacional en las primeras décadas del siglo XX. Así, Manuel Gamio, (13) desde otras tradiciones, apelaba a la integración de los indígenas a la cultura occidental, a la unión de la raza americana, de modo que se rebasaran las pequeñas patrias, que se forjara “una peregrina estatua hecha de todos los metales que serían todas las razas de América”. (14)

En este contexto, me parece importante recordar, en lejana retrospectiva, que la clasificación inicialmente ensayada, desde los primeros contactos entre los españoles y los aborígenes, estableció la delimitación entre los llamados pueblos de indios y los pueblos de españoles, de cuya mezcla paulatinamente surgió un tercer sector, el de los mestizos.

Estas tres denominaciones, al inicio de la vida independiente, se proscribieron constitucionalmente y en su lugar se propuso una nueva denominación que las englobara sin distinciones, la de mexicanos. Pero, casi simultáneamente, se estableció una nueva categoría para nombrar las diferencias, a partir de la cual, desde diversas tradiciones que atraviesan el temprano evolucionismo hasta los enfoques culturalistas, se clasificaron las poblaciones y se fundamentaron los programas civilizatorios en marcha, aun en las siguientes décadas.

Hacia la nacionalización del Día de la Raza

En la década de 1930 se dan pasos importantes en la manera en que México se apropia del Día de la Raza. El 12 de octubre de 1929, bajo la presidencia de Emilio Portes Gil, se declara fiesta nacional, (15) y por vez primera, con piezas de oratoria, ofrendas florales, asistencia de las autoridades, el festejo tiene un simbólico doble escenario en la avenida del Paseo de la Reforma: el conjunto monumental de Cristóbal Colón y al mismo tiempo el conjunto monumental dedicado a Cuauhtémoc. (16) Esto significaba que la conmemoración abarcaba, por igual, a las dos razas: a la hispana y a la que integraba raíces indígenas. Además, entre las autoridades y delegaciones participantes, también se encontraba un grupo de estudiantes indígenas, lo cual era consecuente con el impulso que los gobiernos posrevolucionarios le venían dando a la educación indígena y a la política de su integración nacional.

La década de los treinta y el inicio de los años cuarenta, a partir de los festivales de la Raza, recordaron los eventos masivos que Vasconcelos hiciera cuando fue secretario de Educación Pública: la Secretaría de Educación Pública organizaba en el Stadium festivales donde estaban representados todos los sectores de la sociedad mexicana y todas las regiones del país. La fiesta dejaba de ser una ocasión de generar la unión de las razas hispanoamericanas para convocar a la unidad nacional de los mexicanos, aunque también se aprovechaban los medios a disposición, como la radiodifusión, para enviar mensajes fraternales a todo el continente. Lo mismo pasó en el terreno de la música: se transitó de la música universal, a la local, e incluso músicos mexicanos muy reconocidos compusieron himnos alusivos, como el “Himno a la raza” de Manuel M. Ponce.

La década de 1940 también presenció, en la intersección de la avenida de los Insurgentes y la calzada Vallejo, la inauguración de un conjunto en honor de las antiguas culturas mexicanas, que se llama, precisamente, Monumento a la Raza.

Llama la atención que hacia 1935 hubo otras iniciativas: el 14 de abril se celebra el Día de las Américas, para lo cual la Unión Panamericana, en Washington, DC, pone a disposición de todos los países del continente, tanto los himnos nacionales de las Repúblicas Americanas como el Himno Panamericano. (17)

La celebración convocó también la iniciativa de Uruguay para proponer una bandera del Día de la Raza, que habría de izarse simultáneamente en todos los países durante los festejos, iniciativa que México rechazó porque integraba, como emblema de las tres carabelas de Colón, tres cruces de color morado que directamente remitían a colores y símbolos del catolicismo. (18)

En los años sucesivos, al filo de la Segunda Guerra Mundial, el Día de la Raza nuevamente se recubrió con los colores del panamericanismo e, integrando a las Américas por igual, se celebró en la región latina y en la anglosajona, aunque con nombres diferentes, como Columbus Day.

A modo de conclusión

Fijar el ritual de conmemorar el 12 de octubre como Día de la Raza no ha sido inocente; se trata de un evento que atañe directamente al problema de las identidades colectivas, sean éstas españolas, latinoamericanas, anglosajonas o particularmente mexicanas. Las sucesivas transformaciones y recreaciones de sentido que han concretado una noción de raza en diferentes momentos están estrechamente relacionadas con nuestra propia percepción como mexicanos, como latinoamericanos, como americanos. Habrían de pasar muchos años para que el mestizaje, aprehendido como raza, dejara de ser un concepto colonialista, para clasificar al otro y establecer calidades, para que se refiriera a las zonas de contacto donde lo social, lo cultural, lo histórico y lo religioso derivan en “unos otros” diversos.

El asunto no es sencillo; se trata de una conmemoración que presenta múltiples aristas (políticas, educativas, culturales, económicas, religiosas) que subyacen en su institución y en las sucesivas transformaciones que ha experimentado. Hace un año, el 12 de octubre del 2004, presenciamos diversas iniciativas de grupos indígenas cuyos intereses –y los nuestros– son afectados por los programas neoliberales que irrumpen en todos los ámbitos. Entonces el Día de la Raza adquirió un nuevo nombre: “Día de la ResistenciaMesoamericana”.

Por último, más que explicaciones, lo que nos quedan son interrogantes: después de haberse celebrado con bombo y platillo el V centenario del encuentro de los dos mundos, en ambos continentes, hoy, en el contexto de la interculturalidad, ¿cuáles son los nuevos sentidos que adquirirá esta fiesta en un futuro próximo? ¿Persistirá? ¿Desaparecerá definitivamente del calendario cívico y escolar? Los mermados programas de historia para la educación básica y la globalización galopante que atraviesa nuestra vida, nuestras instituciones escolares, ¿la tomarán en cuenta?

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