Recherche – Pourquoi les Mexicains sont-ils plus heureux que les autres ?

Selon une étude publiée dans le Journal of Happiness Studies, le fait de se sentir heureux, détendu et de bonne humeur serait lié à une prédisposition génétique et non à des critères comme la prospérité, la stablité ou encore le risque d’exposition aux maladies.

Pourquoi les habitants du Ghana ou du Mexique se sentent-ils plus heureux que ceux de la Chine ou de la Jordanie? Grâce à un petit élément génétique qui diffère selon les populations, affirment des chercheurs dans une étude.

Les porteurs de cette variation génétique seraient moins sujets à l’anxiété et de ce fait plus enclins à se dire heureux, selon ces travaux publiés dans «Journal of Happiness Studies» (Springer).

D’après les résultats du sondage, les habitants de Mexico sont les plus heureux. Les chercheurs ont découvert qu’ils étaient le peuple à présenter la prévalence la plus forte de l’élément génétique en question.

«C’est la première fois qu’une étude établit que les variations nationales en terme de bonheur (…) ont une composante génétique», affirment ses auteurs Michael Minkov, de l’Université de management de Varna (Bulgarie) et Michael Harris Bond, de l’Université Polytechnique de Hong Kong .

Pour leur étude, les chercheurs ont travaillé sur les données du World Values Survey, projet international sur l’évolution des valeurs et des croyances dans le monde. Les chiffres portent sur la période 2000 à 2014.

Une variation génétique en cause

Les chercheurs ont mis en évidence une corrélation entre un taux élevé de gens se disant heureux dans un pays et la présence importante d’une variation génétique dans ces populations.

Les pays les plus «heureux» sont ceux où l’on trouve la plus haute prévalence d’un «allèle A», un variant génétique qui empêche la dégradation de l’anandamide, une substance naturelle qui accroît les plaisirs sensoriels et diminue la douleur.

Ils se trouvent en Afrique de l’Ouest — Ghana et Nigeria notamment — , et en Amérique latine particulièrement au Mexique et en Colombie.

A l’inverse, les habitants de certains pays arabes (Algérie, Jordanie), qui ont une faible prévalence en allèle A, sont nettement moins enclins à se dire heureux. Mais aussi les populations de l’est de l’Asie, notamment la Chine et la Thaïlande.

En Europe, ce sont les Suédois les plus heureux

En Europe, les Suédois, qui ont une forte prévalence d’allèle A, se sentent souvent très heureux. La France ne s’en tire pas trop mal. Mais les Italiens et les Espagnols, avec une faible prévalence d’allèle A, ne se disent pas très heureux.

«Se sentir heureux, détendu et de bonne humeur ne dépend donc pas de la prospérité et de la sécurité d’un pays», relève le professeur Minkov.

«En fait, la corrélation entre bonheur et sécurité semble même être inverse. Les plus forts taux de meurtres et de vols dans le monde se trouvent dans le nord de l’Amérique latine et en Afrique subsaharienne,; or c’est là précisément que l’on trouve les gens les plus heureux et les plus détendus», dit-il.

«L’une des explications possibles à ce paradoxe serait que pour survivre dans ces sociétés stressantes, vous avez besoin de gènes qui vous aident à affronter ces tensions», ajoute-t-il.

Seule exception : les Russes

Toutefois la démonstration des chercheurs ne fonctionne pas pour les Russes, qui ont une prévalence correcte d’allèle A mais ne se disent pas heureux. «Manifestement, leur taux de bonheur bas n’est pas dû à un manque d’anandamide», reconnaissent-ils. Ils invoquent la persistance des problèmes économiques et politiques dans ce pays. Ou un facteur génétique encore inconnu…

Contre toute attente, les critères comme la prospérité, la stabilité ou encore le risque d’exposition aux maladies ne jouent pas sur la sensation de bonheur. Par exemple, l’Amérique du Sud et l’Afrique subsahariennes, où les gens sont les plus heureux et détendus, sont les pays où les taux de criminalité et de vol sont les plus élevés au monde.

Les chercheurs avancent l’hypothèse selon laquelle ces populations développent des gènes pour survivre dans des sociétés stressantes. Cela vaudrait pour les habitants d’Europe du Nord qui doivent résister au froid.

A noter que l’anandamide, un cannabinoïde, est aussi présent en faible quantité dans le cacao…produit lui aussi au Mexique ! CQFD…

La rédaction – (www.legrandjournal.com.mx)

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